Construction et diffusion des savoirs médicaux - axe 2 thème 2
Coordinatrice : Élisabeth Belmas, professeure, université Paris 13
À une vision de l'édification des savoirs médicaux impliquant un double mouvement de progrès et d'accumulation, telle que l'histoire de la médecine l'a longtemps représentée, s'est substituée, sous l'influence des études sur la science, les techniques et les pratiques médicales, une lecture moins linéaire, plus attentive à des moments historiques et des configurations sociales dans lesquelles ces savoirs sur la santé et les maladies ont été produits. Mais tout autant que la production de connaissances, ce sont les usages sociaux et leurs conséquences que la recherche analyse aujourd'hui, tant les sciences biologiques et les pratiques cliniques ne sont plus séparables des enjeux de société dans lesquelles elles sont prises ou même auxquelles elles donnent lieu. La pertinence de la constitution d'une thématique autour de la construction et de la diffusion des savoirs médicaux peut ainsi être vue sous le double aspect, du lien entre présent et passé, et de l'interaction entre production, diffusion et utilisation des savoirs. Ce thème rassemble surtout des historiens.
La pertinence de la constitution d'un thème autour de la construction et de la diffusion des savoirs médicaux peut ainsi être vue sous un double aspect. Premièrement, le lien entre présent et passé : s'il est constant, implicitement ou explicitement, dans le travail de l'historien, il prend une résonance particulière lorsque la biologie et la médecine posent aux sociétés d'aujourd'hui des questions prégnantes, mais souvent déshistoricisée ; qu'il s'agisse de dépistage génétique ou d'essais thérapeutiques, l'inscription dans des référentiels moraux et scientifiques nationaux ou même dans des cultures et des histoires particulières doit être prise en compte. Deuxièmement, l'interaction entre production et utilisation des savoirs : la connaissance a toujours des effets sur le réel, mais là encore, il est particulièrement important de s'interroger sur la manière dont la biologie et la médecine définissent, à différentes époques, des nouveaux contours du vivant et de l'humain, à travers leur intervention sur les corps et sur le monde. À cet égard, la traduction des savoirs en politiques de santé publique constitue une étape essentielle.
Le thème pourrait se décliner selon plusieurs lignes de recherche :
- l'histoire des savoirs médicaux et des disciplines correspondantes,
- l'histoire du droit médical et des questions bioéthiques,
- la sociologie des enjeux des nouvelles techniques de dépistage des maladies, liées notamment à l'application des découvertes génomiques à la génétique,
- la sociologie des transferts de savoirs et de savoir-faire, entre pays du nord et du sud, mais aussi entre pays du nord ou entre pays du sud.
Le thème est évidemment construit principalement autour de l'histoire. Le noyau en serait constitué par des historiens des sciences, de la médecine et de la santé publique de l'Inserm, qui, au sein du Cermes (1), sont actuellement hébergés à la Cité des sciences et de l'industrie. Des historiens de la médecine de l'université Paris 8, médiéviste et dix-neuvièmiste, seraient également partie prenante de ce thème, de même que des juristes travaillant sur l'histoire du droit médical dans le cadre de l'École doctorale de l'université Paris 8. Des sociologues du laboratoire de sciences sociales de l'IRD (2) à Bondy pourraient apporter leurs compétences sur les questions de diffusion des savoirs et de transfert de technologies. Des réseaux très actifs ont été développés entre l'équipe de l'Inserm (3), d'une part, et la Cité des sciences et de l'industrie, d'autre part, le Centre Koyré de l'EHESS(4). L'une des retombées de la constitution de ce thème pourrait être la création d'un laboratoire d'histoire sociale de la médecine.
(1) Cermes : Centre de recherche médecine, sciences, santé et société.
(2) IRD : Institut de recherche pour le développement.
(3) Inserm : Institut national de la santé et de la recherche médicale.
(4) EHESS : Ecole des hautes études en sciences sociales.









