La ville dans la mondialisation : conflits et subjectivité - axe 4 - thème 2
Coordonnateur : Alain Bertho, professeur, université de Paris 8
L’urbanisation contemporaine du monde voit se développer des espaces urbains de dimension inédite. Ce processus dit « de métropolisation » qui touche tous les continents interroge la catégorie de « ville » telle qu’elle a fonctionné dans les séquences historiques précédentes, à la fois comme catégorie institutionnelle, comme catégorie subjective et comme grille d’analyse. Tout semble bouleversé : les identités collectives liées au travail et aux groupes sociaux, les processus de production et leur inscription territoriale, la maîtrise publique de l’urbanisme, les modes de gestion et de représentation.
Deux opérateurs analytiques semblent pouvoir être mobilisés pour rendre compte de ces bouleversements : les transformations des formes contemporaines de l’Etat et la mondialisation.
Les villes métropolisées sont en effet le laboratoire privilégié des transformations des modes de gouvernement et de leurs contradictions : mise à distance des populations par la crise de la représentation, mais recherche de leur « participation » ; doute permanent porté sur l’appartenance légitime à la ville d’une partie des habitants et des quartiers (migrants, pauvres, banlieues, favelas, bidonvilles…) ; gestion sécuritaire, voire militarisée, de la vie urbaine et de ses conflits. Les habitants des villes sont paradoxalement à la fois sans cesse invoqués comme sujets de participation civique et tenus à distance, voire « absentés », comme sujets de droit et comme acteurs effectifs des processus de décision.
Ces espaces urbains singuliers, toujours inscrits dans des situations nationales spécifiques, sont par ailleurs traversés et déterminés par des processus d’une toute autre échelle qu’on nomme mondialisation : flux financiers, commerciaux, migratoires, informationnels, échos des conflits internationaux.
Par rapport à ces deux logiques, l’un des objectifs de ce thème est d’appréhender l’émergence de subjectivités collectives sociales, culturelles ou politiques au coeur de conflits, de plus en plus violents, dont la ville n’est plus, comme par le passé, principalement le théâtre, mais dont elle devient l’enjeu : enjeu symbolique, enjeu linguistique, enjeu productif, financier et commercial, enjeu territorial, enjeu de pouvoir, enjeu de conflits translocaux. Les programmes accueillis s’efforceront de poser dans des termes nouveaux l’épistémologie d’une recherche comparative et l’éthique d’une recherche impliquée. C’est de ces conflits et de ces mobilisations, des mots et des images numériques qu’ils produisent que la Maison des Sciences de l’Homme de Paris nord souhaite en effet se faire l’observatoire international et inter disciplinaire. Dans la même perspective, pourront être proposés des projets s’intéressant à la constitution des mémoires urbaines à travers la production à l’initiative des habitants eux-mêmes d’images spontanées remplaçant des traces visuelles effacées ou disparues.









