Ville durable : mémoire, devenir et critique - axe 4 thème 5
Coordinatrice : Solange Montagné-Villette, professeure, université Paris 13
Alors que le gouvernement, les institutions internationales, les ONG ou les collectivités territoriales en appellent à un monde plus durable, comment cette révolution conceptuelle affecte-t-elle la ville contemporaine ? Telle est l'interrogation centrale de ce thème. Elle se décompose en plusieurs volets.
- La ville durable pose en des termes renouvelés la question de la place de la nature en ville et de l'urbanité. À travers différents exemples sera donc abordée la question de l'intégration :
- du risque naturel dans la planification urbaine ;
- de la préservation de vastes réserves « naturelles » aux portes des villes,
- de la réalisation de trames vertes et bleues en milieu urbain dense (par exemple : Plaine Commune), des jardins et de l'agriculture urbaine (par exemple : Brest) et de leurs nouvelles formes (par exemple : jardins de réinsertion, AMAP..).
- La durabilité urbaine qui remet en cause les paradigmes développés après guerre notamment, tels que l'étalement urbain ou le zonage, ne peut pour autant faire du passé table rase. Si l'on reconvertit certaines friches industrielles ou dynamite des barres, l'on ne peut effacer des quartiers entiers de la ville, leurs pratiques et leur culture. La ville durable doit donc inventorier et gérer les traces du passé de la ville industrielle : usines, commerces de proximité, monuments œuvres d'art, ces traces étant fréquemment converties en signes patrimoniaux, selon des processus complexes : l'exemple de la gestion de l'art public interroge par exemple sur le lien entre ville d'hier, de demain et ville durable.
- La ville durable, telle que mise en oeuvre aujourd’hui fait fortement évoluer les formes architecturales et urbaines. Mais dans quels sens ? La révolution conceptuelle qu’exige la ville durable ouvre-t-elle un champ nouveau pour la création architecturale ? Ou, au contraire, la normalisation croissante des processus de construction (HQE, BBC…) n’est-elle pas la source d’une standardisation des formes ? Quelle place accorde-t-on encore aux aspects esthétiques et culturels à l’heure de l’évaluation généralisée des performances énergétiques de la ville ? La normalisation des modes de construction et de conception de la ville est-elle toujours compatible avec la diversité et l’audace architecturale ?
- L’essor des TIC interroge doublement la notion de ville durable. Présentées comme le moyen de « dématérialiser la croissance », elles permettraient de réduire l’empreinte écologique des activités humaines. Qu’en est-il véritablement ? Leur place grandissante dans le secteur des services à la personnes ne pose-t-elle pas des problèmes liés à l’inégal accès et maîtrise de ces technologies par les populations ? Existe-t-il, sur ce point, une véritable « fracture numérique » calquée sur les inégalités sociales et les différences culturelles ?
- Si la ville durable est souvent abordée par le prisme des professionnels de l’habitat et des normes de construction (HQE, BBC), elle comporte une dimension organisationnelle largement sous-estimée et que l’on pourra analyser par le biais des mobilités, de la mixité fonctionnelle, générationnelle et sociale ainsi que des savoirs. L’analyse des politiques de réduction du trafic automobile dans les grands centres urbains pourrait se révéler fort intéressante à cet égard. Pour justifiées qu’elles soient, ces politiques ont-elles toujours une réelle efficacité « écologique » à l’échelle des agglomérations ? Assorties de mesures visant à interdire l’usage des véhicules les plus polluants, ces politiques n’institutionnalisent-elles pas une forme d’inégalité sociale face à la mobilité, inégalité qui semble peu conciliable avec la durabilité ? L’approche de la durabilité devra aussi être abordée par le prisme des habitants en fonction de leur origine, de leur mode de vie, de leur CSP… Dans cette perspective, un état des lieux critique des expériences et des pratiques de durabilité urbaine (éco-quartiers, parcs éco-industriels, politiques de mobilités douces…) pourrait être mené.
- Enfin, on pourra s’interroger sur la réalité des marges de manoeuvre dont disposent les pouvoirs urbains pour construire une ville durable à l’heure de la mondialisation économique et sociale. Un zoom sur les politiques d’insertion et d’emploi dans diverses banlieues pourrait servir de support à l’analyse. Les migrations et les mobilités sociales dans la mondialisation réinterrogent également le rôle des frontières internes et externes à la ville. Des exemples pris en Seine-Saint-Denis, Slovénie, Haïti, Grande Bretagne, etc. nous interpelleront sur la persistance et la recomposition des frontière à l’heure de l’hyper mobilité.









