Axe 4 Penser la ville contemporaine

Axe 4 – Penser la ville contemporaine


Responsable : Claire Lévy-Vroelant, professeure, université Paris 8 –


L’étude de la ville contemporaine dans la mondialisation met à l’épreuve les disciplines instituées et leurs paradigmes, et bouscule la constitution des savoirs. La division du travail se mondialise, les mobilisations urbaines prennent des formes inédites, la circulation des hommes, des idées, des biens et des savoirs transforme les territoires. Aussi, les questions nouvelles ainsi produites invitent-elles à dépasser les clivages disciplinaires, à prendre en compte à la fois le global et le local, et à inventer des méthodologies adaptées à des questions dont la composante éthique n’est pas absente, et à des échelles spatiales et temporelles elles-mêmes en mouvement.

Avec le capitalisme financier, force est de constater que la ville est plus que jamais le produit du marché sans pour autant être réductible au marché. La notion de « commun » pourrait-elle permettre de dépasser le clivage entre production marchande et production sociale de l’espace urbain y compris dans la dimension politique des études urbaines ? Quelle est la part de l’économie collaborative ou contributive dans la construction de ces communs ?

Un accent particulier sera mis sur les projets collaboratifs associant chercheurs et acteurs de terrain dans l’analyse et la maîtrise des situations contemporaines, ainsi que sur les projets prenant en compte la dimension artistique de la production de l’urbain.


Mémoire et territoires : représentations, narrations, patrimonialisations
Axe 4 thème A


Coordonnatrice :
Celine Barrere, ENSAP Lille – 


Dans un contexte global de mutations urbaines et d’accélération des temps sociaux, les modes de mise en mémoire permettent de comprendre les logiques de production, d’interprétation et de contestation des espaces habités. En effet, l’articulation entre mémoire et territoire saisit les processus, les acteurs, les enjeux et les effets d’héritage. La formation des mémoires collectives et individuelles interroge la fabrique des identités et des légitimités, met en perspective les valeurs promues ou déqualifiées.

Quatre entrées sont proposées : par les espaces, les acteurs, les évènements et les récits.

  • En effet, les lieux (1) sont à la fois sujets, objets, catalyseurs de mobilisations et de revendications, dans les discours des différents « faiseurs de ville », habitants inclus : lieux de vie, du travail, du passage, ils interrogent l’urbanité lissée ou dissidente des centres et des marges.
  • Les acteurs (2), « entrepreneurs de mémoires » individuels et collectifs, portent des représentations sous des formes très diverses (artistique, littéraire, muséographique, archivistique, cinématographique, etc.), faisant émerger des usages sociaux nouveaux ou renouvelés.
  • Les évènements fondateurs (3) mobilisent le temps long des cycles mémoriels à partir d’évènements particuliers, organisant les processus de traduction, de transmission, d’effacement, de résurgence, de reprise et de déprise. Les conditions de l’accès au « conservatoire de l’espace » et à la sphère publique peuvent ainsi être éclairées.
  • Enfin, les récits et les discours, actes de langages s’exprimant en couches successives de significations établies, modifiées, négociées, contestées, constituent des clefs de compréhension et des modes d’inscription de soi et des autres, et participent de la fabrique des mondes sociaux.

L’urbain et le citoyen dans la mondialisation
Axe 4 – thème B


Coordonnateurs :
Agnès Deboulet
, université Paris 8 – 
Jean-Michel Fourniau
,  IFSTTAR -


L’urbain mondialisé est au cœur des questionnements de ce thème. À ce titre, nous abordons l’urbain en tenant compte de la multiplicité des positions, des acteurs et de la diversification des flux financiers, commerciaux, informationnels, socio-culturels et migratoires. Écho des conflits, point de passage ou d’étape des nouvelles routes migratoires, positions et flux ne cessent de se recomposer dans des unités urbaines qui prennent parfois le chemin de la métropolisation et d’une gestion complexifiée. À ce titre, villes, aires urbaines et métropoles sont le laboratoire privilégié des transformations des modes de gouvernement et de leurs contradictions : crise de la représentation, mais aspiration à la reconnaissance et recrudescence des revendications citoyennes ; discrédit jeté sur les marges urbaines, les périphéries populaires ; recrudescence des circulations forcées et des pressions tant migratoires que sécuritaires, renforcement de la centralisation par les grands projets métropolitains ; gestion sécuritaire des périphéries. Cette année trois dimensions centrales seront explorées de façon privilégiée :

  • la recrudescence des inégalités socio-spatiales et les tentatives publiques ou privées de régulation, confrontées aux revendications du « droit à la ville » et de justice spatiale ;
  • la dimension migratoire en ville, largement renouvelée en Europe et en Afrique, notamment les modalités de l’accueil (ou du non-accueil) et la gestion de la grande précarité résidentielle ;
  • les expérimentations démocratiques tentées tant par les gouvernements locaux que le tiers-secteur, les groupes sociaux organisés. Ce dernier point sera notamment porté conjointement avec le GIS démocratie et participation

Ce thème réfute volontairement toute dichotomie Nord-Sud. Toutes les échelles et localisations de recherche seront acceptées du moment qu’elles tentent de réfléchir au rôle des espaces (notamment urbanisés) dans la fabrication des phénomènes sociaux.

Logement et habitat : crise et reconfiguration
Axe 4 thème C


Coordonnateur :
Yankel Fijalkow, ENSA Paris Val de Seine – 


Pour ce thème, relatif aux transformations et aux permanences des parcs résidentiels et des modes d’habiter, des approches réellement comparatives seront vivement encouragées. On pourra, à cet effet, s’intéresser à la notion de « crise du logement » et aux acteurs, experts, organisations, textes, argumentaires et récits qui en sont porteurs. Au regard de ceux-ci, l’analyse des reconfigurations des politiques ayant prise sur le logement ou/et l’habiter est essentielle. Elle peut permettre d’envisager la transformation des normes d’usage, que celles-ci soient induites par le marché et la « crise », ou qu’elles soient produites par les reconfigurations de la production immobilière. Pour envisager ces éléments, la réflexion méthodologique est la bienvenue.

Ville durable : approches critiques
Axe 4 thème D


Coordonnateur :
Boris Lebeau, maître de conférences – UP 13 – 


La « ville durable », parce qu’elle déplace souvent les perspectives et les finalités de l’action publique du social vers l’environnemental, est porteuse d’un changement paradigmatique de nature à questionner les sciences sociales. La ville durable, forte en apparence d’une critique radicale de la modernité et de ses excès, incline fréquemment du côté d’une « géoscience » toute puissante mise au service de l’environnement urbain et du bien-être en ville. Mais n’est-elle pas elle-même utopique et porteuse d’un urbanisme tout aussi rigide que celui de la « ville moderne » qu’elle dénonce ? En outre, à travers la gouvernance qu’elle appelle et les nouvelles formes d’expertise et de technicisation qu’elle convoque, la ville durable ne peut-elle pas être considérée comme le vecteur d’un nouveau « capitalisme vert » et de nouvelles inégalités ? Afin de favoriser l’émergence de travaux critiques sur la ville durable, deux angles d’analyse sont proposés :

  • Interroger la ville durable sous l’angle de la justice socio-spatiale. La notion de justice environnementale permettrait de questionner la répartition des aménités et des infrastructures nuisibles dans la ville ; celle de justice alimentaire de réinterroger les espaces de production et de consommation alimentaire. Le rôle des dynamiques foncières sur les modalités d’existence de communs environnementaux et agricoles urbains est à documenter.
  • Soutenir des travaux sur les smart cities. Associant étroitement opérateurs de réseaux informatiques, transporteurs, fournisseurs d’énergie, acteurs de la promotion immobilière, etc., à la production d’espaces urbains, ces villes intelligentes sont-elles compatibles avec les ambitions affichées d’une ville durable concertée et (co)construite avec les habitants ? Ces villes ultra-connectées sont-elles, par ailleurs, compatibles avec les libertés individuelles ? L’évolution des normes que génèrent ces diverses déclinaisons invite à une approche critique du « modèle ».
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