Chantier de recherche international | Rire et subversion
25 juin à 09:30 - 19:00

Une exploration pluridisciplinaire entre farce, commedia dell’arte et kyôgen
Cette manifestation scientifique est conçue comme un chantier de recherche articulant étroitement théorie et pratique. Elle se déploie sous la forme d’un temps de travail exploratoire consacré aux enjeux du rire et de la subversion dans trois formes théâtrales traditionnelles : la farce, la commedia dell’arte et le kyôgen. Deux journées et demie d’atelier de recherche exploratoire (les 22, 23 et 24 juin), ouvertes à une quinzaine d’étudiant·es et de jeunes chercheur·es de l’université Paris 8, sont dédiées à l’expérimentation et à l’analyse de ces répertoires. Elles seront suivies d’un colloque international organisé les 24 et 25 juin, permettant de mettre en perspective les travaux menés et d’explorer la problématique sur le plan théorique. Cette manifestation s’inscrit dans le projet-cadre « Dans l’élan du Kyôgen, vers un rire libérateur : décloisonner les pratiques, croiser les répertoires, renouveler les récits », lauréat de l’appel à projets « Recherche en théâtre et arts associés » de la DGCA du ministère de la Culture pour la période 2025-2027.
Problématique du chantier de recherche : Le rire constitue, dans de nombreuses traditions théâtrales, bien davantage qu’un simple ressort comique : il est un opérateur critique, un mode d’intelligibilité du social et un puissant vecteur de subversion symbolique. La farce médiévale et renaissante française, la commedia dell’arte italienne et le kyôgen japonais, bien que nés dans des contextes historiques, culturels et esthétiques distincts, partagent une même capacité à mettre en crise l’ordre établi par le biais du rire. Le rire y naît moins du texte que de l’énergie du jeu, de la précision gestuelle, de la dynamique corporelle et de la tension entre règles strictes et transgressions. En ce sens, ces théâtres comiques traditionnels constituent des laboratoires privilégiés pour analyser la manière dont le rire opère comme révélateur des mécanismes de pouvoir et comme espace de liberté critique. Pourtant, si la farce et la commedia dell’arte ont fait l’objet de nombreux travaux en Europe, le kyôgen demeure relativement peu étudié, en particulier dans une perspective comparatiste et pratique. Par ailleurs, les approches contemporaines du jeu de l’acteur en France restent majoritairement centrées sur les textes et le sens discursif, laissant souvent en retrait la dimension corporelle, rythmique et énergétique du rire. Dès lors, la problématique centrale de ce chantier de recherche peut se formuler ainsi : comment le rire, en tant que pratique incarnée et codifiée, agit-il comme force subversive dans la farce, la commedia dell’arte et le kyôgen, et que produit la mise en friction de ces répertoires sur notre compréhension des rapports de domination, du jeu de l’acteur et du renouvellement des formes théâtrales contemporaines ? Ainsi, l’exploration conjointe de ces répertoires ne vise pas seulement à établir des correspondances historiques ou esthétiques, mais à penser le rire comme un espace commun de résistance, de circulation des formes et de réinvention des récits, à l’intersection de la recherche académique, de la pratique scénique et de la pédagogie.
Programme
Volet 1 : Atelier expérimental
22 et 23 juin 2026 de 10h à 18h, à l’université Paris 8 (amphi X) et le 24 juin de 10h à 13h, à la MSH Paris Nord (auditorium)
L’atelier s’inscrit pleinement dans la manifestation scientifique conçue comme un véritable chantier de recherche, où théorie et pratique sont étroitement articulées autour des enjeux du rire et de la subversion dans deux formes théâtrales traditionnelles : le kyôgen et la farce. Les artistes Didier Galas, Hiroaki Ogasawara et Raphaël Trano proposent, lors de l’atelier « Rire et subversion : pratique croisée entre farce et kyôgen », d’interroger, par la pratique, les formes comiques comme lieux de déplacement des normes, de mise en crise du langage et de subversion des hiérarchies sociales. À partir de textes de Rabelais, notamment « La rôtisserie du Petit Châtelet » et le « Procès de Baisecul et Humevesne », le travail dirigé par Didier Galas explorera les mécanismes comiques fondés sur le renversement des logiques économiques et judiciaires, ainsi que sur l’absurdité du langage. En montrant qu’on peut payer une odeur par un son ou qu’un verdict incompréhensible satisfait les deux parties d’un procès, ces scènes mettent en jeu une déstabilisation des systèmes de sens et des cadres rationnels. En écho, Hiroaki Ogasawara proposera une initiation aux principes du kyôgen, à travers le travail du chant (utai) et de la danse (komai). Une séquence issue du répertoire du rakugo – dans laquelle un jeune garçon paie aussi l’odeur d’un plat par le son d’une pièce – permettra de mettre en regard les motifs comiques rabelaisiens et japonais, révélant des structures communes fondées sur le jeu entre visible et invisible, matière et immatérialité, corps et langage. L’apport de Raphaël Trano, spécialiste du nô, viendra enrichir cette exploration en introduisant une attention particulière à la codification du geste, à la temporalité et à la présence scénique. La problématique centrale de l’atelier sera ainsi la suivante : comment le rire, à travers des formes codifiées et culturellement situées, devient-il un opérateur de déplacement des normes perceptives, langagières et sociales ? En quoi le travail sur l’odeur, le son ou l’incompréhensible permet-il de redéfinir les rapports entre corps, langage et représentation ? À travers des exercices pratiques et des mises en jeu, les participant·es seront invité·es à expérimenter ces écarts, à croiser différentes traditions performatives et à explorer le potentiel subversif du comique comme espace de traduction, de décalage et de transformation. Une restitution de l’atelier est prévue le 24 juin après-midi.
Volet 2 : Colloque international
24 et 25 juin 2026, à la MSH Paris Nord (auditorium)
24 juin 2026
- 14 h 15 : Accueil des participant·es
- 14 h 30 : Introduction et présentation du chantier de recherche, Marie Bouhaïk-Gironès (CNRS) et Giulia Filacanapa (université Paris 8)
Axe 1 – Rire, corps et subversion
Modération : Laëtitia Dumont-Lewi
- 14 h 45 : La Farce de Maître Mimin qui va à la guerre, Mario Longtin (university of Western Ontario)
- 15 h 15 : Paradoxes sur le farceur : regards croisés sur Le Garçon et l’aveugle (France, XIIIe s.) et Tsukimi Zatô (Japon, XIVe s.), François Rémond (université Sorbonne Nouvelle)
- 15 h 45 : Rabelais, la farce et le kyôgen, Didier Galas (comédien, metteur en scène) en dialogue avec Marie Bouhaïk-Gironès
- 16 h 15 : Pause-café
- 16 h 30 : Parcours et présentation du projet artistique Dans l’élan du Kyôgen, vers un rire libérateur, Raphaël Trano (comédien, metteur en scène)
- 17 h 00 : Restitution de l’atelier Rire et subversion : pratique croisée entre farce et kyôgen
- 18 h 00 : Fin de la journée
25 juin 2026
- 9 h 30 : Accueil des participant·es
Axe 2 – Transmission, hybridation et création contemporaine
Modération : Giulia Filacanapa
- 9 h 45 : La parodie du nô comme ressort d’un comique subversif dans le kyôgen, Maxime Pierre (université Paris Cité)
- 10 h 15 : Il riso tra codificazione e improvvisazione: kyōgen, Commedia dell’Arte e l’esperienza interculturale dello En-nen Project, Matteo Casari (université de Bologne)
- 11 h 00 : Le pont flottant des songes, retours sur une aventure théâtrale franco-japonaise, Marcus Borja (metteur en scène, PSL-SACRe)
- 11 h 30 : Pause-café
- 11 h 45 : Corps, rythme et subversion : le kyôgen face aux pratiques théâtrales codifiées européennes, Hiroaki Ogasawara (artiste de kyôgen, école Izumi) en dialogue avec Giulia Filacanapa
- 12 h 30 : Pause déjeuner
Axe 3 – Dramaturgies du désordre
Modération : Marie Bouhaïk-Gironès
- 14 h 30 : Folles paroles et langage spécieux dans le théâtre japonais : réflexions autour de la notion de kyôgen kigo, Magali Bugne (université libre de Bruxelles)
- 15 h 00 : Entrée par le milieu : renouvellement des entrées clownesques dans les pratiques contemporaines, Violaine Dargent (université Paris 8)
- 15 h 30 : Farcir la farce, jongler avec la jonglerie : Dario Fo et la subversion des genres médiévaux, Laëtitia Dumont-Lewi (université Lyon 2)
- 16 h 00 : Pause-café
- 16 h 15 : Table ronde conclusive, animée par Corinne François-Denève (université Bourgogne Europe), avec Marie Bouhaïk-Gironès, Giulia Filacanapa, Didier Galas, Hiroaki Ogasawara et Raphaël Trano
- 18 h 00 : Cocktail
Informations pratiques
- du 22 au 25 juin 2026
- à l’université Paris 8 et à la MSH Paris Nord
- Organisatrices : Giulia Filacanapa (université Paris 8) et Marie Bouhaïk-Gironès (CNRS)



