SociologieS | Hériter du patrimoine ou patrimonialiser l'héritage

Sous la direction de Céline Barrère, Elieth Eyebiyi, Muriel Girard et Florence Graezer Bideau

Qu’offre une entrée par l’objet patrimoine à la compréhension du monde social ? Quelle peut être la portée heuristique de cette notion, elle-même en crise, pour décrypter le monde abîmé dont nous héritons ? Penser la relation au passé dans le présent et vis-à-vis du futur permet d’instruire les manières dont les sociétés se pensent, se positionnent sur des valeurs et comment elles identifient « ce à quoi elles tiennent » (Hache, 2019).

Depuis plus de quarante ans, les études sur le patrimoine s’attachent, dans une perspective critique, à en déconstruire les mécanismes, à en saisir les acteur·rices, à en montrer les effets sur les territoires, les institutions et les groupes sociaux. Pourtant, les relations entre l’héritage et le patrimoine restent encore largement sous-explorées. Probablement parce que le regard posé sur le patrimoine s’est principalement intéressé aux objets, aux processus et aux institutions en Occident.

Si Anne-Sophie Haeringer et Jean-Louis Tornatore (2022) invitent à En finir avec le patrimoine, symbole d’une société capitaliste malade et d’un monde en train de mourir, pour lui préférer l’héritage, nous interrogeons conjointement ces notions plutôt que de les substituer l’une à l’autre.

Ce numéro spécial souligne la richesse de ces notions, sans prendre fait et cause pour l’une au détriment de l’autre. Il interroge les processus d’altérisation et de recompositions identitaires, d’institutionnalisation et de marchandisation sur divers continents. Il montre que les stratégies patrimoniales et l’agentivité des acteur·rices peuvent à la fois relever du politique et de l’économique et réinterroger en même temps les structures sociales et mémorielles.

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